mercredi 11 septembre 2013

(Pas) bravo monsieur Le Monde!


Depuis quelques jours, j’ai des images en tête : La petite Yéménite de 8 ans décédée au courant de sa nuit de noces. Les petits et grands enfants syriens victimes des armes chimiques. Le petit chinois dont les yeux ont été arrachés par une femme démente. Depuis quelques jours, j’ai pas le moral. Et, je me demande pourquoi. Comment voulez-vous. Je suis pas fière de notre monde. Il se fait mal là où ça fait le plus mal. Il n’aime pas ses enfants. Le monde il est pas beau. Parfois oui, mais en ce moment, je broie son noir. Pourquoi il fait mal à ses enfants? Pourquoi il fait mal, tout simplement? Naître pour martyriser et tuer, c’est possible? Mais, à quoi ça sert au juste? À procurer un sentiment de béatitude? Je ne comprends pas en quoi faire le mal, fait du bien. C’est un principe que je ne m’explique pas. Comme la plupart des gens d’ailleurs. Enfin, j’ose croire. Et, le mal, ce mal, le monde ne le fait pas qu’au-travers des actes aussi extrêmes. Il le répand jour après jour autour de lui. Sans vraiment s’en rendre compte. Enfin, j’ose croire.

Quand on lui coupe la route, il lui en veut à mort à ce connard dans l’autre voiture. Ça vient le chercher au plus profond de ses entrailles et il serait capable de la pire vengeance si ce n’était pas du fait que rouler sur ce connard pourrait endommager sa carrosserie. C’est de la haine profonde, pure et viscérale. Tout le monde a une histoire du genre à raconter et quand il s’y met, ça provoque tout un tollé. Parce que tout le monde a déjà voulu tuer un cave qui l’a dépassé par la droite. Au lieu de ça, le cave s’est vu recevoir un doigt d’honneur. Moins dommageable, mais tout aussi porteur d’agressivité.  

Pendant ce temps, nos enfants regardent.

Le monde n’aime pas qu’on le contrarie. Si le voisin a le malheur d’avoir une opinion divergente de la sienne, il l’insulte : « Ta mère aurait dû avorter! », « T’es une lopette, tu devrais te suicider! ». Ça arrive chaque jour sur les réseaux sociaux. Le monde ne défend plus ses idées, il traite les autres de tous les noms. Puis, le monde il est content de tirer sur tout ce qui ose parler. C’est si valorisant d’intimider autrui et ce n’est pas si grave puisqu’il y a un écran pour désamorcer les préjugés. 

Pendant ce temps, nos enfants voient.

J’ai vu le monde s’enflammer pour une partie de hockey de niveau atome. Atome je vous dis! Ils ont à peine dix ans et déjà on leur met autant de pression qu'en subit un urgentologue ». Heille le monde, vos jeunes ne sauvent pas des vies, ils s’amusent! Des batailles de parents dans les estrades. Ce n’est pas une légende, je l’ai vu de mes yeux vu. Je suis sortie de l’aréna aussi vite que j’y suis entrée. J’ai eu peur pour ma vie. Sérieusement. Pathétique…

Pendant ce temps, nos enfants observent.

Mon fils est souvent sur le gun, comme on dit. Dès que ça ne marche pas comme il veut, il s’énerve. Il soupire. Il se fâche. Il réplique. Il claque la porte. On dirait qu’il m’en veut. C’est dû à quoi? Son caractère ou son éducation? Je me permets de me poser la question, car on dit que les enfants apprennent par l’exemple. Lui aurais-je inculqué cette attitude caractérielle? Le monde m’aurait-il disposé à le faire? Ai-je été entraînée dans le tourbillon du ressentiment? Je fais de mon mieux, mais si ce mieux avait été abreuvé de fiel?

Je me mets en doute. Je mets le monde en doute.

S’injurier, se chamailler, s’impatienter, s’envoyer paître peuvent paraître bien loin du Yémen, de la Syrie ou de la Chine. Pourtant, il n’y a pas de frontière au mal. Ouvrez la brèche de la haine, il s'y infiltrera. Et, le pire, c’est qu’il le fera de manière insidieuse. S’entretenir dans un micro-climat de hargne, n’est pas peu banal. Je pourrais être en train de préparer un futur enragé. Le monde pourrait-être en train de préparer de futurs enragés. 

Faudrait se conscientiser un peu mieux. En tous les cas, il me semble.



jeudi 29 août 2013

Monsieur Pointu


Mon fils est longiforme. Il a l’air d’une asperge. De dos, torse nu, ses omoplates resssemblent à s’y méprendre à des ailes de poulet. Ses longues jambes ont l’aspect des saucisses qu’on met dans nos hot-dog.

Bref, mon fils est appétissant!

Lors de ses crises de câlins, il me blesse souvent. Ou bien son menton pointu m’écrase le sternum, ou bien ses petites fesses sans rembourrure s’enfoncent dans la chair de mes cuisses.

Hier, j’ai appris que ce phénomène inquiétait Raph. Après un autre câlin duquel je me suis plaint de douleur, il s’est exclamé d’exaspération : « Je suis inquiet! Moi de retorquer, et pourquoi ça? Parce que je suis trop pointu ».

Et ben, il est trop pointu.

Comment vous dire à quel point Raph était en colère. Pour vrai. Il était fâché d’être trop pointu et de faire mal aux gens quand il fait des câlins. Il est allé se coucher avec sa frustation. C’était du sérieux.

Ce matin, j’appréhendais le réveil. Je me damandais dans quel état il allait se lever. Heureusement, il semblait avoir oublié son malheur. L’idée de se rendre seul pour la première fois à l’école avait pris toute la place.

J’étais un petit brin (pointu) inquiète de voir mon bébé partir en solo.

Comme tous les parents ont dû faire, je l’ai espionné. J’ai rangé ma voiture près du parc où il doit passer et j’ai attendu. Après trente longues secondes, je l’ai ENFIN vu apparaître au bout du chemin.

Il se tenait le dos droit, très droit. Le cou allongé, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, il marchait d’un pas décidé.

J’ai pensé : Ce n’est plus un bébé, c’est un grand garçon. J’ai aussi pensé : Il est si affilé, presque chétif.

Il avait l’allure d’un gringalet. Si bien que plus je l’observais, plus je trouvais qu’il ressemblait à un Monsieur Pointu!  






jeudi 22 août 2013

Mets de la crème


Faire des choses de grand est une étape importante dans la vie de nos enfants. Pour nous, parents, ce passage est synonyme d’inquiétude. Et, plus nos enfants grandissents, plus les inquiétudes prennent de l’expansion. 

Mercredi prochain, Raph marchera seul jusqu’à l’école pour la toute première fois et je sais que je ressentirai un vertige. Mais, il sera si léger en regard de celui à venir le premier jour où il prendra la voiture pour sortir avec ses copains. Peut-être voudra-t-il faire comme sa maman et aller former sa jeunesse en voyage? Misère…

Raph a découvert le plaisir de la liberté tout récemment en allant faire une commission au dépanneur en solo. En fait, ça été une révélation pour lui. Depuis, il a développé une dépendance : Il est souvent en manque. Il a besoinde son fix de dépanneur quotidiennement. Un vrai héroïnomane de la commission. C’est rendu qu’il nous crée des besoins. 

Plus tôt cette semaine, il a fait une inspection complète du frigo. Remarquant que nous allions bientôt être en pénurie de crème, il a suggéré d’aller en acheter. Le problème c’est qu’il était presque 21 heures et que je n’en voyais vraiment pas l’utilité à ce moment précis. Ni à un autre moment d’ailleurs, puisque je cuisine plutôt rarement avec de la crème. Mais, apparemment, il va falloir que je me mette à en ajouter dans toutes mes recettes : Macaroni chinois à la crème, cretons porc et crème, sandwich jambon et crème et le fameux steak, blé d’inde, patates et… crème. De la crème, crème, crème et encore de la crème! Et votre vin chers invités, je vous le sers avec on sa crème?

Si j'en ris, c'est pour mieux me rassurer. Étant en pleine pratique vers une plus grande autonomie, j'ai besoin de réconfort à la puissance 10. Il s’agit d’un exercice beaucoup plus éprouvant pour moi que pour Raph. Lui, il nage dans le bonheur de se sentir devenir grand. Moi, pendant ce temps, je cherche une manière de mettre un beaume sur mon inquiétude. Tiens, si j'essayais de mettre de la crème! 

mardi 6 août 2013

Mamounette


Mamounette s’impatiente quand elle reçoit son quatorzième câlins pendant qu’elle prépare le repas. Elle s’énerve pour une paire de bas laissée sur le plancher, pour un dégât de lait sur le comptoir, pour un autre jouet brisé ou un nouveau trou dans un pantalon. Mamounette aimerait bien dormir plus longtemps le samedi matin, mais toutes les dix minutes elle se fait harceler pour se lever. Elle aimerait aussi ne pas avoir à répéter cinq, six, sept fois la même consigne et abolir le mot NON de son vocabulaire!

Mamounette voudrait cesser de se faire du souci pour les étourderies de fiston. Et, pour sa réussite scolaire, sa réussite sociale, sa réussite sportive. Bref, pour sa réussite tout court. Elle en est quitte pour une bonne dose d’angoisse quand elle se heurte à l’insolence de fiston. Mamounette se sent parfois excédée. Elle hausse le ton, donne des punitions, use de menaces. Elle l’avoue, à certains moments elle est TRÈS heureuse de laisser fiston chez un ami pour la journée.

Mamounette est parfois affreuse avec fiston. Pourtant, cela ne lui a pas empêché de lui accoler ce délicieux sobriquet. 

En ce moment, Mamounette s’ennuie beaucoup de son fils.

Malgré les petits irritants du quotidien, tu manques beaucoup à Mamounette petit Raph! J’ai hâte de te retrouver samedi.       

mercredi 26 juin 2013

Juste pour toi, Jean


Une photo de la côte Amalfitaine postée sur Facebook par un bel après-midi de juin. L’envie de s’y retrouver là, maintenant. Le commentaire d’une personne qu’on n’a plus vue depuis très longtemps. Un petit échange sympathique. Le temps d’un instant, le renouement. Puis, une réflexion : Le temps passe. Les gens aussi.

Ça fait un petit bout de temps que je néglige Le Monde Selon Raph. Pas que je n’avais rien à raconter, mais peut-être ne savais-je tout simplement pas par où commencer.

Puis, voilà, une inspiration soudaine. 

La semaine dernière, un des frères de ma maman est décédé. Ça devait bien faire plus de vingt ans que je ne l’avais pas revu. Elle non plus d’ailleurs. Il menait sa petite vie, tout simplement. J’ai quand même eu la délicatesse de me présenter au salon funéraire pour lui dire un dernier au-revoir. Ce n’est pas parce qu’on ne se voit plus qu’on s’oublie.

C’est drôle, car beaucoup d'aspects de ma vie tournent autour des relations en ce moment : L’éloignement, les rapprochements, les retrouvailles, les pertes. Pour Raph, les relations humaines sont fascinantes. En fait, il est en plein apprentissage de leur signification, des blessures qu’elles engendrent, du bonheur qu’elles apportent.

Ça lui a paru étrange quand je lui ai dit que je n’ai pas pleuré en apprenant le décès de mon oncle. Il  a voulu être rassuré :

 - Mais, t’es quand même un peu déçue qu’il soit mort, non?
 - Oui, c’est sûr, mais ce n’était pas une personne très proche de maman.

Dans son monde a lui, il croyait que la mort entraînait forcément les larmes et la peine. Il faut dire que c’est à peu près tout ce qu’il sait sur elle. Quand son papi est décédé l’été dernier, on en a versé des larmes.

Les relations humaines sont étonnantes. Chacun fait son bout de chemin. Parfois, on côtoie des gens très intensément pendant une certaine période et soudain, plus rien. Avec d’autres personnes on se lie d’amitié avec une facilité déconcertante. Avec d’autres, on se délie avec beaucoup trop de naturel. Comme si leur passage n’avait en fait servi à rien. Et, pourtant, rien n’est vain. Du moins, en ce qui concerne les relations.  

Ceci dit, à moi aussi tu me manques, Jean. Il y a si longtemps qu’on n’a pas déconnés ensemble. Il y a si longtemps que je n’ai pas pleuré ma vie sur ton épaule. Il y a si longtemps qu’on ne s’est pas attardé à l’essentiel, soit le partage humain. Merci pour ta visite inopinée sur mon mur. Comme tu l’as si souvent fait du temps que tu étais mon patron et moi ta rédactrice, tu m’as inspiré ce billet. 

Comme tu peux voir, je vais bien. Et toi, qu’est-ce que tu deviens?